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Tour d’horizon d’une "Valley" verrouillée
Multiplier les portes de sortie pour mieux nous mettre sous les verrous. C’est ce que Prison Valley semble opérer sur l’internaute.
Ce web-documentaire, signé David Dufresne et Philippe Brault, franchi une nouvelle étape dans le monde du reportage interactif : le spectateur peut en effet s’arrêter à chaque étape pour en savoir plus : forum vidéo, géolocalisation des lieux du documentaire, annuaires des principaux personnages et autres fonctionnalités sont au rendez-vous. A partir d’une chambre de motel fictive, l’internaute pourra utiliser une série d’objets permettant d’accéder aux différentes parties du documentaire.
Canon City, vous connaissez ?
Armé de toutes ces interactivités, le documentaire ne nous éloigne pourtant jamais de sa trame principale : un reportage vidéo de 59 minutes qui nous plonge au cœur de LA ville carcérale américaine : Canon City et ses 7500 détenus pour 36000 habitants. Toute la population de ce coin reculé du Colorado respire au rythme de ses 13 prisons. Au-delà des habitants de Canon City, le reportage nous entraîne sur les chemins de la critique d’un système économique à travers ses dérives les plus sécuritaires.
Happé par la linéarité
Sommes-nous tous américains ? Gavés par l’abondance de ces fonctionnalités interactives en plein milieu d’un média (Internet) lui-même déjà saturé d’interactivités, le spectateur ne zappe pas. Au contraire, il se laisse happer par le désert du Colorado. Petit à petit, l’écran se resserre (la largeur du format vidéo du documentaire dépasse les 16:9ème). Des barreaux splittent l’écran. L’horizon devient orange (couleur unique, comme nous l’apprendrons au cours du reportage, de Canon City). La fenêtre qui nous servait d’évasion devient vite oppressante. Les éléments graphiques du site trahissent eux-même le cloître : un petit clic vers la croix en haut à droite d’une fenêtre donnera l’impression d’une serrure que l’on ferme. Au bout de quelques minutes, le film nous piège.
Les fonctionnalités et les liens vers l’extérieur sont pourtant nombreux et variés mais ils ne proposent aucune échappatoire aux barbelés de la ville. Pris de claustrophobie, nous préférons laisser le reportage principal défiler, espérant trouver la délivrance dans la conclusion de celui-ci. Nous voila redevenus simple spectateur du bon vieux petit écran. L’histoire peut suivre son cours linéaire...
C’est ça, le tour de force de Prison Valley : sous prétexte d’une E-invitation au voyage, le reportage réussi à capter notre attention un bon moment (59 minutes... une éternité en temps de visite d’un site…) pour mieux renvoyer les aberrations économiques et comportementales avec lesquelles nous vivons. Et nous, pauvres adultes consentants, qui pensions aller au devant de l’inconnu, nous nous rendons prisonniers d’une linéarité plutôt que de nous aventurer sur les multiples chemins de traverses proposés.
évadez vous : http://prisonvalley.arte.tv/?lang=fr

- Cartographie du documentaire
- De nombreuses fonctionnalités permettent de naviguer dans le documentaire. Ici : Géolocalisation des différentes scènes du reportage.

- Fenêtre sur rour
- Dans Prison Valley, la moindre scène du voisinage peut rendre l’atmosphère oppressante.

- En savoir plus
- Parmi les objets mis à disposition du visiteur, un mini-calepin donne accès aux informations sur chaque personnage du documentaire.